"Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relache la nuit meurtrit ta lumière ... Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable. La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ, une vie autre, à l'infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force revenue. La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l'horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais. Les longues heures spacieuses, toujours trop courtes, où tu vas et viens en toi, atentive, anxieuse, fouaillée par les questions qui alimentent ton incessant soliloque. Nul pour técouter, te comprendre, t'accompagner. Partir, laisser tomber les chaînes, mais ce qui ronge, comment s'en défaire ? Au fond de toi, cette plainte, ce cri rauque qui est allé s'amplifiant, mais que tu réprimais, refusais, et qui au fil des jours, au fil des ans, a fini par t'étouffer. La nuit interminable des hivers. Tu sombrais. Te laissais vaincre. Admettais que la vie ne pourrait rennaître. A jamais les routes interdites, enfouies, perdues...
Te ressusciter. Te recréer. Te dire au fil des ans et des hiver avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s'est déchirée."
C. Juliet. Lambeaux
"Il y a peu de différences entre un homme et un autre, mais c'est cette différence qui est tout". William James.